L’immigration, sujet brulant d’actualité comme nous le rappelle la mort de 130 migrants dans le  naufrage d’une embarcation dans la nuit du  21 au 22 avril au large des côtes Lybiennes  ou les cadavres de 24 migrants retrouvés dans un bateau à la dérive au large des Canaries le mercredi 28 avril…. Phénomène occulté dans les pays d’origine des migrants, enjeu de débat public et électoral en Europe, ce sujet nourrit un certain nombre d’idées fausses en France. Les préjugés ou stéréotypes concernant l’immigration sont nombreux, et sont souvent accompagnés d’amalgames, de rumeurs, de fantasmes, de clichés, etc.

Le rapport sur les MNA – Mineurs non accompagnés d’origine étrangère rédigé par Chloé Panis et Marylou Papera sous la direction de Sylvain Iordanoff Conseiller Départemental de Vaucluse, vise à donner des éléments rationnels de réflexion et de débat sur le sujet, et apporter quelques propositions d’action concertées par les collectivités territoriales en France et à l’étranger, afin de réduire les difficultés rencontrées par les départements mais aussi, d’améliorer l’accueil et l’accompagnement des MNA.

Les mineurs non-accompagnés sont des enfants de moins de 18 ans, privés temporairement ou définitivement de leur famille. De ce fait, les MNA bénéficient de la protection de l’enfance et relèvent donc, à ce titre, de la compétence des départements.

En France plus de 95% des MNA déclarés sont des garçons. Les principaux pays d’origine des MNA en 2019, les pays les plus représentés sont la Guinée (24,67%), le Mali (23,29%) et la Côte d’Ivoire (13,16%). Ils représentent à eux trois, 61% des flux migratoires reconnus sur le territoire national. Les facteurs d’immigration vers les pays européens peuvent être d’ordre socio-politiques (guerres, risques de conflits, etc.), démographiques et économiques (chômage, santé économique du pays, etc.) mais également environnementaux (catastrophes naturelles, conséquences climatiques, etc.). Les MNA qui émigrent vers l’Europe doivent disposer de moyens financiers importants et maîtriser à minima le français, l’anglais et le portugais. Le lien entre pauvreté et immigration n’est pas pertinent. Depuis l’an 2000, les réfugiés ont dépensé plus de 15,7 milliards d’euros pour atteindre l’Europe à travers des réseaux de passeurs, de plus les mobilités sont irrépressibles et ne vont pas cesser d’augmenter avec le niveau d’information et d’éducation. Les politiques migratoires restrictives ne dissuadent pas les migrations des MNA. Par ailleurs, celles-ci sont bénéfiques aux réseaux de passeurs qui en profitent pour augmenter continuellement le coût de la traversée. Ainsi, “fermer” les frontières n’empêche pas les flux migratoires, au moins 20 000 migrants sont morts en Méditerranée depuis 2014. Cette année, le premier naufrage a lieu le 19 janvier et a tué 43 personnes.

A partir du constat relatif aux difficultés auxquelles sont confrontés les départements et de l’expertise des associations engagées auprès des MNA, nous soumettons plusieurs propositions politiques.

Parmi celles-ci, l’engagement de l’action internationale pour la fin des conflits dans le monde et la lutte contre le changement climatique dans la mesure où les mouvements de population liés au changement climatique vont devenir l’une des premières causes d’immigration si rien ne change.

Nous proposons également de favoriser des actions d’information et de prévention dans les pays d’origine quant aux dangers de la traversée et aux réseaux de trafic d’êtres humains auprès des MNA lorsqu’ils n’ont pas encore entamé de traversée. En effet, la majorité des MNA sont confrontés à des violences et à la mort durant leur traversée.

Nous souhaitons mettre en place une coopération décentralisée entre les différentes collectivités territoriales en France et dans les pays d’origine des migrants dans l’objectif de consolider et renforcer leur capacité à répondre aux aspirations des populations, dans le respect des traditions et des spécificités de la société étrangère. 

Une coopération liée au développement permet de s’attaquer aux causes de l’immigration. 

Le soutien au développement des régions d’origine permettrait de réduire les flux migratoires, mais aussi, d’encourager les dimensions sociales et démocratiques. Nous connaissons les principales causes de migrations des jeunes, qui sont, la formation professionnelle, l’emploi et la volonté de soutenir financièrement sa communauté ou sa famille restées au pays. Ainsi, nous pouvons agir sur celles-ci en favorisant par exemple la mobilité des jeunes dans les villes et régions concernées,  en améliorant le cadre de vie des habitants, ou encore faire des échanges entre les jeunes apprentis , entre les différents partenaires du projet de coopération. Ce dispositif peut porter sur de nombreuses thématiques et sur différents projets. 

Enfin, en raison des problèmes d’ordre financier que rencontrent de nombreux départements, nous proposons l’augmentation du budget alloué à l’Aide sociale à l’enfance. Le plus souvent l’Etat ne rembourse pas les départements à la hauteur de leurs dépenses. L’Etat devrait prendre en considération les difficultés financières des départements. C’est pour cela que nous rejoignons la motion adoptée par l’assemblée des départements lors du Congrès d’octobre 2017 à Marseille et qui concerne la demande d’un financement étatique, de l’évaluation de la minorité jusqu’à la mise à l’abri des MNA. « La prise en charge de ces jeunes atteint aujourd’hui le milliard d’Euros et n’est plus soutenable pour les finances départementales. L’Etat doit donc en assumer le coût. »

Sylvain Iordanoff

Conseiller Départemental de Vaucluse – France

Vice-Président du parti écologiste Ivoirien représentant auprès de la fédération des partis verts Africain

Chloé Panis & Marylou Papera

Master Politiques Sociales Université d’Avignon

Victoire Ortolan

Illustratrice